BIENVEILLANCE,  RESPECT,  SIMPLICITE / NATUREL

Les diktats sur la poitrine et la pilosité : une pression constante, c’est bien le minimum, non ?

Chère Harmonie,

La semaine dernière, j’essayais tant bien que mal de partager mon point de vue sur les injonctions faites aux femmes de façon plus ou moins directe sur leur corps. Je voudrais aller plus loin aujourd’hui en parlant de deux exemples : l’épilation et le port du soutien-gorge.

Tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a ce fameux culte du bikini body et du visage symétrique et sans défaut aka la grande blonde à forte poitrine… Mais on est aussi d’accord pour dire qu’on ne peut pas toutes être justement cette grande blonde ? À moins d’avoir recours à la chirurgie, la coloration, etc. Et certaines vont malheureusement jusqu’à là pour ressembler à Barbie (encore une injonction sournoise, que je n’ai pas pensé à citer dans mon article précédent, qu’on fait aux petites filles dès le berceau ou presque).

Je n’ai rien contre les blondes, c’est une image que j’utilise à tort. À travers ces mots, je véhicule un stéréotype (tu vois comme ils s’installent sans qu’on y prenne garde.), en stigmatisant les blondes. Je n’avais pas trouvé d’autre façon de le dire avant le colloque dont je vous parle, mais j’ai décidé de laisser cette parenthèse pour montrer à quel point ces idées sont insidieuses et ancrées même quand on pense être averti sur ses questions.

Petite précision : quand je dis « malheureusement » par rapport à la chirurgie, ce n’est pas un jugement du tout. Chacun est libre de ses choix et je le respecte. Je parle pour moi et avec ma vision des choses qui est que c’est triste de s’aimer si peu et de vouloir se changer totalement, mais si cela permet de retrouver confiance en eux, c’est très bien et je ne nie pas le bien que cela peut faire.

Restons sur celles qui n’en sont pas au point de penser à passer par une telle transformation. Nous (car je fais partie de ce groupe de femme) ne sommes pas en reste pour autant. Il y a quand même des choses qu’on nous insinue insidieusement (oui, c’est redondant, mais ça exprime parfaitement l’idée.) qu’on doit faire notre possible pour répondre aux standards de beauté actuels. On n’est certes pas des canons, mais on peut faire un minimum d’effort et c’est bien normal, car il faut souffrir pour être belle, n’est-ce pas ? (ironie bien sûr)

Pour moi, les deux plus grosses injonctions que j’ai eues ont été sur la pilosité et la poitrine. (le plus gros diktat se trouvant sur le poids comme j’essayais de le dire avec le culte du bikini body, mais c’est une pression qui dans ma vie à moi à moins d’impact, car j’y réponds assez bien sans avoir rien à faire.) Et ce ne sont pas des petites pressions. Elles finissent par devenir une priorité et une angoisse importante pour nous les femmes, ou du moins pour moi. Elles deviennent une charge mentale qui nous contraint dans notre quotidien. Pour en discuter, je vais te parler de mon exemple, car c’est plus simple pour moi et ça permet de ne pas entrer dans des clichés ou d’utiliser des images. 

Commençons par les poils :

Oui, on m’avait dit : « il faut souffrir pour être belle ». Alors, quand j’entendis pour la première fois quelqu’un faire une remarque à une amie sur sa pilosité, je dégainai de mon côté aussi le sacro-saint rasoir. Quand je me coupais, je me disais cette phrase toute faite et je continuais. Ai-je, ne serait-ce qu’envisager de ne pas m’enlever ces satanés poils qui recouvraient de plus en plus de parties de mon corps ? Non, jamais. Je niais du même coup ce qui faisait de moi une femme (mais j’y reviendrais.).

Je m’imposais de me raser ou m’épiler plusieurs par semaine en hiver et presque tous les jours en été. Il se passa donc plus de 15 années durant lesquelles je m’épilai (je passais par toutes les types d’épilation sans succès) et m’esquintai la peau. Les 2 derniers années d’épilation intensive, je souffrais même de brûlures les quelques jours où j’étais imberbe avant de devoir recommencer. Même si je disais tout haut que ça m’énervait et que je trouvai injuste que je doive m’épiler alors que les hommes non, je ne remettais pas vraiment en question cette « vérité » qu’avoir des poils, ce n’est pas « féminin ».

 

Si je ne suis jamais allée jusqu’à l’épilation intégrale, c’est uniquement, car cela me faisait bien trop mal. Je n’assumai pourtant pas ce choix et n’allai pas à la piscine quand je n’étais pas assez bien épilée. Je vérifiai toujours quinze fois qu’on ne voyait aucun poil et si par malheur, cela risquait d’arriver, j’enfilai un pantalon et un tee-shirt avec des manches suffisamment longue et ce même par 40 °C.

J’étais donc prisonnière de mes poils. Une peur irrationnelle m’habitait : que quelqu’un remarque quelque chose et le besoin de me justifier en m’excusant dans ce cas-là. Emprisonnant du même coup les autres encore davantage dans cette idée de ne pas avoir le choix. Cette pensée que c’est mal et dérangeant pour les autres de ne pas se conformer à cette attente ancrée dans la société. On s’excuse sans cesse d’être une femme humaine avec un corps humain. Ce type d’excuse survient aussi pour le maquillage. Combien de femmes s’excusent de ne pas être maquillée (sur les réseaux sociaux notamment) comme si on devrait avoir honte de notre apparence naturelle ?

Le diktat du no-poil repose sur la honte, la culpabilité et l’idée de « sale » (comme les règles)..

Venons-en maintenant au soutien-gorge :

A contrario des poils, j’attendais avec impatience l’arrivée de ma poitrine. Quand elle pointa son nez, je n’eus d’abord aucune envie de porter des soutiens-gorge. Ma mère insista, mais je refusai. Jusqu’à ce qu’on fasse, encore une fois, une remarque à une amie qui était plus fournie que moi sur le fait qu’elle n’en portait pas. Honteuse, je suivis son exemple et nous nous mîmes à en porter.

Au début, uniquement pour les cours de sport à cause des vestiaires. Puis quand elle commença à prendre un peu plus d’ampleur, on me dit que la douleur venait du fait que je n’en portais pas, alors je me mis à vivre avec cette compression constante sur mon buste qui finit par devenir normale.

Arriva la fin de la croissance de mes seins et avec elle la déception de n’avoir qu’un petit 85 B (et encore sous pilule). Encore une fois, les images que je voyais et celles que les autres montraient (qui n’étaient pas la réalité puisqu’elles portaient elles aussi un soutien-gorge.) me complexèrent. Ma poitrine était trop petite, mes seins trop espacés et j’avais du poil sur les tétons.

Je me mis à porter des soutiens-gorge pigeonnants et rembourrés avec armatures. Je tenais à me rapprocher le plus possible de ce qu’on jugeait être des belles poitrines. Mon petit ami de l’époque n’arrangea pas cette affaire. J’étais toujours à la recherche de rembourrage plus important et de vêtements plus décolletés et moulants. Tout cela pour donner une image différente de moi-même.

Je m’engonçai donc dans des vêtements inconfortables qui parfois pouvaient me rendre la respiration difficile. Cela me paraissait normal, et même bien, car ça me rendait désirable. (je ne parle pas ici des talons qui entre dans la même ligne directrice, car je ne peux pas tout évoquer.)

Que fut le résultat de tout cela :

Le résultat fut tout simplement une métamorphose de plus en plus importante de mon corps (entre réalité et image projetée) et j’en arrivai à ne pas supporter mon reflet dans le miroir quand j’étais nue. Une acceptation des injonctions, une intégration et intériorisation de ces oppressions sur mon corps.

À la fin de cette période, je commençai même à me maquiller de façon très régulière. Mon visage sans maquillage me devenait de plus en plus dérangeant et laid. Je m’accoutumais de plus en plus à ce faux-moi et détestais mon vrai moi. On frôle la schizophrénie tout de même non ? En es-tu aussi arrivé là ? 

J’ai fini néanmoins par réaliser que je me faisais vraiment du mal. Quand je l’ai compris, à la même période où je décidai d’arrêter pour la première fois la pilule (comme quoi tout est lié), je ne parvenais pourtant pas en envisager une autre solution.

J’arrêtai tout de même de me maquiller, car c’était quelque chose de simple pour moi. Pour le reste, je ne voyais pas d’issues satisfaisantes. J’ai fini tout de même par les trouver. Elles se trouvaient dans le fait que le début de cette lutte contre mon corps ne venait pas de moi. Ces idées de « normalité » étaient venues d’interventions extérieures et de croyances. Et je n’avais rien remis en cause.

Alors si on la remettait en cause ? Qu’en penses-tu ?

Ellega

2 commentaires

  • Eni Luap

    Je te rejoins sur beaucoup de points, mais je vais faire une petite remarque sur le port du soutient gorge.

    Il est clair que dans ton article tu fais référence aux contraintes exercées par un soutient gorge pour « transformer ton corps ». Mais le but principal d’un soutient gorge (selon moi toujours) est de soutenir dans le sens d’aider et non de contraindre. Alors oui je suis tout à fait d’accord sur ces horribles choses qui font remonter les seins ou les compresser mais un soutient gorge approprié peut être un vrai plus pour la femme.
    Je parle essentiellement pour les poitrines volumineuses (Je n’aime pas le terme généreuse. Généreuse pour qui ? pour quoi ? on choisit d’être généreux, on choisit pas ses seins) pour lesquelles une aide est souvent nécessaire. En ce qui me concerne je ne pourrais pas faire sans en dehors de chez moi.

    J’admire les femmes avec ce genre de poitrine qui ne mettent pas de soutient gorge comme la chanteuse Mathilde lors de ce fameux colloque !

    😉

    • Ellega

      Coucou, merci encore une fois de me lire 🙂 Concernant le port du soutien-gorge, le prochain article y sera consacré et je reviendrais sur la notion de « soutenir » mais je ne vais pas spoiler ^^ Ce qui est sûr c’est que comme je le dirais dans cette lettre, je ne peux évidemment que parler de moi et de mon ressenti de femme à la poitrine menue. Concernant le terme généreuse, je n’y avais jamais songé (probablement parce que je ne suis pas concernée de part mon corps), mais en effet ce que tu dis est plein de sens ! Pourquoi ne pourrais-tu pas faire sans ? Uniquement d’un point vue (je ne trouve pas le bon terme) de poids ? Tu me le diras sans doute dans le prochaine article, je suis curieuse d’en connaître les raisons 🙂

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