BIENVEILLANCE

Faire le deuil de la maternité ?

Chère Harmonie,

Je sais que tu vois bien que je tourne autour de tous les sujets qui ont un rapport de près ou de loin au fait d’être une femme et du même coup sur notre capacité à donner la vie. Tu te rends bien compte que c’est un sujet qui me préoccupe voir m’obsède, si je veux être tout à fait honnête avec moi-même et ceux qui me lisent.

J’en parle peu dans la vie à part ici, car il m’est difficile d’évoquer ses sujets sans qu’un trop-plein d’émotion m’envahisse. Alors, j’écris ici et pas juste pour moi, car je sais que j’aime lire et écouter les témoignages. Et sur ces sujets, les témoignagnes ne sont pas si nombreux. Donc, oui, je vais parler encore une fois de choses très intimes, mais j’aurais aimé je crois lire ce genre de choses. Je crois vraiment que ça m’aurait vraiment aidé à comprendre ce qui m’arrive.

Comme je le disais dans mon article précédent, devenir mère n’est pas une évidence pour moi. Bien au contraire et pourtant maintenant que j’ai par deux fois pris la mesure de ce que cela signifie, je ne peux m’en détourner sans ressentir un vide immense en moi. Pourtant, j’ai conscience plus que beaucoup de femme, je crois, à quel point la maternité est une épreuve. Je devrais être terrifiée et je le suis. Pourtant, je reste perdue. 

J’ai conscience des difficultés et je ne peux pourtant pas arriver à imaginer ne pas vivre cette expérience sans fondre en larme. J’ai aussi conscience que la raison pour laquelle je ne tombe pas enceinte est cette peur qui me bloque. Cette peur de revivre encore une fois cette perte. D’autant plus que je ne suis pas certaine d’être capable de survivre à un nouveau deuil.

Aujourd’hui, je pense néanmoins qu’il m’est nécessaire d’accepter un autre deuil. Un deuil différent mais pas plus facile pour autant. Celui de devenir mère. Il faut que je renonce à tous mes espoirs, tous mes rêves, toutes mes attentes à ce propos. J’ai besoin de me dégager de tout cela pour rendre ma vie plus douce.

Je ne peux plus rester dans cette angoisse constante d’être ou de ne pas être enceinte. Sinon, je vivrai sans nul doute des jours aussi sombres que ceux par lesquels je suis passé durant ce dernier mois de septembre. Car Harmonie, je ne peux pas nier que ce mois fut une descente aux enfers. J’avais déjà vécu à plusieurs reprises cette chute dans mes côtés les plus sombres, ceux où j’oublie qu’il me suffit d’allumer la lumière, ceux où j’oublie même que la lumière existe. 

C’est sans aucun doute ce qu’on appelle une dépression. Cela arrive, quand mes règles n’arrivent pas alors qu’elle le devrait et que les tests de grossesse négatifs s’accumulent et que je me sens écartelée entre l’espoir d’être enceinte et la peur de l’être et de perdre à nouveau un enfant. Je me retrouve alors à vivre à tout instant des moments d’intense émotion contradictoire. Espoir, peur, soulagement, tristesse et surtout colère… et on recommence !

Comment face à de tels sentiments divergents pourrais-je être une bonne mère ? Comment face à cela pourrais-je seulement tomber enceinte ? Car ces sentiments m’accompagnent chaque jour et j’ai beau essayer de ne pas y penser, j’en suis incapable. Ça revient tourner en boucle dans ma tête et j’en suis prisonnière. Prisonnière au point de ne pouvoir acheter une robe pour un événement plus ou moins lointain parce que si ça se trouve, je ne pourrais pas la mettre, car je serais enceinte et l’idée simultanée que de toute façon, ça n’arrivera jamais.

Alors que suis-je sensée faire ? Lâcher prise ? OK, mais qu’est ce que ça veut dire et comment on fait ça ? Certains disent qu’il faut accepter que ça n’arrive pas. Pour d’autres, il s’agit d’accepter que ça arrivera ou non et que ces deux solutions sont aussi bonnes l’une que l’autre. Seulement, pour accepter cela, il faut y croire, non ? 
Faut-il alors renoncer à ce désir (si réel désir, il y a) ? Ou imaginer que les deux possibilités sont aussi belles l’une que l’autre ? Comment ? 

J’essaye chaque jour d’imaginer qu’elle serait ma vie sans enfant et j’en suis incapable, seules les larmes viennent et je ne m’en sors pas ! J’ai conscience que je me fais du mal toute seule, mais je ne sais pas comment faire autrement ! Au fond de moi, je ne peux croire que je n’en aurais jamais, pourtant je n’ai pas la certitude que l’inverse soit vrai non plus. Alors, je pose des questions aux cartes, au pendule, mais je n’arrive pas à croire aux réponses. Alors, les jours passent et je suis chaque matin aussi perdue que la veille.

C’est dur et c’est sans doute l’apanage de beaucoup de femmes. On se sent coupable. Coupable de ne pas y arriver. Coupable d’être soulagée de ne pas être enceinte. Responsable d’y penser tout le temps et d’entraîner son compagnon dans sa souffrance. Énervée de ne pas être capable de dire les choses aux gens qui posent la question, l’air de rien, sans arrière-pensée. En colère contre ce corps et ce cerveau.

Je finirais ici, car je n’ai rien de plus à en dire. Je n’ai pas de conclusion. Pas de solution. Pas de méthode miracle. Rien. Simplement ma souffrance et mon incertitude que je vous partage ici pour faire écho à la vôtre si vous vivez ce désarroi aussi. 

Harmonie, je t’ai perdue. J’espère un jour t’écrire une lettre où je pourrais, sans pleurer, te dire comment je m’en suis sortie et que je t’ai retrouvé. 

Ellega

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