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Mariage – Le récit de notre mariage partie Auvergne – Le jour J – Chapitre dix

Chère Harmonie,

Nous y étions ! La journée était bien avancée et l’heure de la cérémonie laïque approchait tranquillement. Nous avions choisi de la faire en fin d’après-midi pour profiter avant, même si,en vrai, de mon côté, je n’ai pas tellement profité… haha ! 

Au travers des précédentes lettres, Harmonie, j’imagine que tu as une idée du déroulé de cette journée alors je vais essayer de faire différemment pour cette fois. Je vais te raconter les choses comme un roman… J’espère que cela te plaira !

Quand le grand moment approche…

Mon futur mari vient me retrouver alors que j’avais encore le nez dans la décoration. Avec le recul, je brassais sans doute surtout du vent, mais à cet instant je voulais tellement que tout soit parfait que je m’agitais.

« On monte, me dit-il, on va se prendre un petit moment de repos tous les deux ».

J’acquiesçai en lui disant qu’il fallait que je fasse un dernier point avec ma maman, ma sœur, ma demoiselle d’honneur et sa grand-mère. Il monta en me disant qu’il m’attendait mais que je ne devais pas traîner.

J’échangeai donc quelques mots avec chacune d’elle par rapport à ce qu’il restait encore à faire, en assurant que je leur faisais entièrement confiance et que je les attendais d’ici une heure dans notre tour pour m’aider à me préparer. Je récupérai mon téléphone et gravis à toute vitesse l’escalier en colimaçon. Mes jambes ne le supportaient plus et je me faisais la réflexion qu’il faudrait que je compte les marches… Comme si j’avais le temps ! Mais quelle idée de prendre la chambre au sommet de la tour du Château !

Un petit moment pour souffler…

Il m’attendait et entreprenait de faire couler un bain d’eau froide… Dans l’immense baignoire de la salle de bain. Je ris en lui disant que moi qui détestais l’eau froide, c’était probablement la seule fois de ma vie où je rêvais de m’immerger dans l’eau glacée. Ce n’était clairement pas un mythe ! Le mariage donne chaud… Très chaud… On m’avait prévenu, mais en effet m’acheter ce gilet « au cas où » était parfaitement inutile ! 

Je le rejoignis dans l’immense baignoire de la taille d’un jacuzzi. On soupira d’aise ! Punaise, qu’est que c’est agréable ! Tout le poids et la fatigue accumulées semblaient s’échapper de mon corps en même temps que cette infernale chaleur. On resta là de longues minutes, silencieux, à regarder par l’immense velux qui donnait sur les reliefs de l’Auvergne.

On parla de notre rêve d’habiter bientôt ici, on se chamailla comme d’habitude sur le délai avant ce rêve, 3 ans pour moi, 5 pour lui. C’était tellement chouette d’être là ! On se rendait pleinement compte de notre chance d’être ici, entourés de nos amis et nos familles, prêt à tout pour rendre cette journée magnifique.

Bien sûr, on évoqua aussi les quelques sujets qui fâchent. Entre autres, la façon dont le gérant nous avait parlé… Il m’apprit qu’il n’avait aucunement aidé pour la préparation de la salle… On se promit de ne pas laisser passer ça, mais pour l’instant, on choisit de laisser ça de côté pour profiter pleinement de cette belle journée. Je m’inquiétais néanmoins de quelques nuages sombres au loin, mais il me rassura. 

La pression (sociale) revient…

Il sortit finalement du bain et je l’envoyai me chercher de quoi me raser. Je pestai contre cette foutue pression sociale qui m’avait obligé à m’épiler quelques jours plus tôt et qui avait laissé une immense brûlure sur mon aisselle droite. J’avais abandonné l’épilation et il me restait donc quelques poils récalcitrants.

Alors que je me rasais, il s’habilla cool pour les quelques heures qu’il restait avant notre cérémonie afin de profiter de l’extérieur, des jeux et de la piscine avec nos invités. Je savais que je n’aurais pas le temps de faire de même étant donné le ravalement de façade qui se préparait pour moi. Pourquoi fallait-il que je me mette et que la société mette autant de pression sur la mariée et les femmes en général ? Il était clair que je n’étais pas encore libérée de cette pression sociale. 

Il me quitta avec l’instruction de dire à mes « préparatrices » qu’elles pouvaient me rejoindre d’ici un petit quart d’heure. Quart d’heure pendant lequel je fis poser un masque hydratant sur mon visage, j’enfilai la robe que je portais pour le mariage civil et sortis toutes mes affaires : maquillage et autres pinces à cheveux. Je constatai avec dépit que je faisais peine à voir. Si l’acné s’était un peu résorbée, il me restait des croûtes. Mes yeux étaient profondément enfoncés dans mes orbites, mes paupières gonflées et mes cernes bien creusés. Je ne pouvais plus rien y faire… Tant pis !

Un ravalement façade en règle…

Les filles me rejoignirent dans la plus haute tour du château. J’étalai sous leurs yeux tout mon attirail et ma demoiselle d’honneur le sien. S’en suivi un petit malaise entre qui fait quoi… Certes, j’avais fait le cours de maquillage avec ma sœur, mais son manque d’assurance faisait qu’elle n’osait pas se lancer sans la confirmation de ma demoiselle d’honneur.

J’avoue que je n’aidai pas à trancher, je ne voulais écarter personne. Finalement, on s’y mit. Je me mis la crème hydratante puis ma sœur prit la main sur l’application du correcteur, du fond de teint, puis de la poudre. Arriva ensuite le moment des yeux où ma demoiselle d’honneur prit le relais avec son expérience. 

J’eus un moment de flottement quand de grosses gouttes s’habitèrent avec fracas sur le velux. Le ciel s’était assombri d’un coup et je demandais à quelqu’un d’aller voir si tout n’était pas détruit en bas. Elles tentèrent de me rassurer comme elles purent, sans grand succès, j’avais envie de pleurer… Heureusement, cela ne dura pas et nous pûmes reprendre. 

Un coup de blush et de bronzer plus tard, je leur donnais du fil à retordre avec les sourcils… En effet, ils sont anarchiques et je ne les épile pas, pour une question de  » ça me saoule » et de  » j’en ai tellement peu que si j’épile, il ne m’en reste plus ». Après de longue retouche pour rendre ça naturel, je m’estimai satisfaite. Un rouge à lèvre puis je m’occupais ensuite de finaliser tout cela avec une touche de mascara. 

Finalement, j’ignore combien de temps cela nous pris, mais on y arriva. Il fallait maintenant se lancer dans la coiffure. Encore une fois, il y eut un moment de flottement entre ma demoiselle d’honneur et sa grand-mère. Moi qui n’y connaît rien, j’ai laissé faire. Après avoir passé beaucoup beaucoup d’épingles et de « kirbi » pour faire tenir la couronne de fleurs, Mamie Viviane s’estima satisfaite, ce n’était pas mon cas, je demandais à accrocher encore des mèches pour me dégager le visage. 

Alors qu’on terminait les retouches, Nicolas, un cousin, eut la gentillesse de nous remonter un plateau des parts de tarte de la collation apportée par Catherine. Je mangeai du bout des lèvres pour ne pas gâcher mon maquillage et on se régala. Ma tata lolo passa pour poser une question et se mit à pleurer en me voyant… Je n’étais pourtant pas très jolie, mais cela me toucha ! Ma maman passa aussi, mais garda ses émotions pour elle, elle est comme ça ma maman quand il y a trop de stress, elle garde tout pour elle… Et je suis souvent comme cela aussi… 

Il restait encore 3 h avant la cérémonie…

Je redescendis enfin ce foutu escalier pour rejoindre nos invités. La plupart étaient désormais dans la piscine, mais évidemment, je ne pouvais plus me baigner… Pour être tout à fait honnête, ça ne me tentait pas du tout. Je n’ai jamais aimé ça et le jour de mon mariage encore moins. J’essayai de repérer Iléana, une amie de plume. Nous nous rencontrions pour la première fois à mon mariage et j’avais hâte de la voir. Sauf qu’à part une photo, je ne savais pas à quoi, elle ressemblait. 

Je repérais une jeune femme avec un bébé dans la piscine et un jeune homme que je ne connaissais pas. J’abordai le jeune homme pour lui demander confirmation qu’il était bien celui que je croyais, il me le confirma un grand sourire aux lèvres, mais déjà, on m’appelait ailleurs. Déçue de reporter ma rencontre avec mon amie, je suivis mon futur époux pour aller discuter avec notre DJ. 

On m’informa rapidement des changements de dernières minutes. Fort heureusement, j’avais désormais lâché du lest sur tout et je ne m’en formalisai pas. J’appris donc qu’il devrait se servir du matériel du château et de notre ordinateur et playlist pour le repas. Le son ne serait donc pas d’assez bonne qualité pour nous assurer une ouverture de bal correct… Mon amoureux me dit qu’il serait donc préférable de reporter notre ouverture de bal après le repas. Je pinçai les lèvres et haussai les épaules. Nous n’avions pas le choix alors j’acceptai. On refit le point sur le style de musique qu’on attendait et il m’inquiéta quand il parla de RnB… Je reprécisai et il m’assura qu’il avait bien cerné notre demande… Septique, je l’espérais, mais choisis de ne pas me prendre la tête pour ça.

Je confiai ensuite à ma sœur la distribution aux invités des enveloppes contenants le jeu du gorille et de la cacahuète et la phrase pour retrouver sa place assise. Je me pris enfin le temps pour rejoindre Iléana. Nous pûmes un peu discuter au bord de la piscine, même si ce fut succinct, car mon esprit bouillonnait de mille choses. Encore une fois, on ne m’avait pas menti sur le fait que c’est très difficile de consacrer du temps à nos invités. Car au-delà du manque de temps, mon cerveau et mon corps malmené ne me permettaient pas d’être vraiment moi-même. Je peinais à rebondir dans la conversation. 

L’après-midi avançait et j’avoue ne plus trop savoir comment se sont déroulées les choses. Cette partie de la journée de mon mariage m’a semblé très brumeuse et un peu incohérente. C’était comme si les choses se passaient sans moi. J’étais à la fois là et pas vraiment. Je m’agitais toujours sans parvenir à quoi que ce soit. Les invités partaient tour à tour se préparaient pour la soirée et l’immense parc me paraissait vide. Et je notais avec dépit que les jeux extérieurs n’avaient apparemment pas beaucoup servi. En réalité si, car j’ai des photos qui le prouvent, mais enfermée dans ma tour pour me faire belle, je n’avais pu y assister ! 

Je crois qu’alors que je discutais avec Iléana, je reçus un texto de deux amies qui étaient en train d’arriver. Je les rejoignis donc pour les accueillir. En maîtresse des lieux, je leur montrai leur dortoir et nous discutâmes un peu. Je leur présentai quelques personnes qui revenaient après s’être changés pour le grand moment. Ma sœur leur donna leur petite enveloppe et j’assistai émue à l’investissement de ma sœur pour expliquer son contenu. Elles partirent enfiler leur maillot de bain pour se baigner un peu avant la fête.  

C’est à ce moment-là que je voulus prendre un peu le temps pour faire le tour et voir si tout était ok. D’autres invités venaient d’arriver et j’en fis donc le tour avec elle. Je découvris émue, la beauté de la décoration pour la cérémonie laïque. J’embrassai chaque invité qui revenait après s’être fait tout beau. J’étais vraiment à la fois hors du temps et profondément ancrée dans la matière avec ces craintes terre-à-terre d’avoir oublié quelque chose…

Est-ce après ou avant que je me pris la tête avec mon papa en découvrant que la table de la tireuse à bière était laide au possible ? Que nous n’avions pas prévu de décoration pour la table du DJ ? Et que la table pour le cocktail n’avait pas du tout été décoré et que la vaisselle prévue pour la collation n’avait pas été sorties ? Honnêtement, c’est complétement flou dans mon esprit. Pauline s’occupa de sortir les verres à champagne et je séparais les tasses du gîte de celle du traiteur. On récupéra les bassines pour les remplir d’eau afin de pouvoir sortir les bouteilles de crémant et les laisser au frais le temps de la cérémonie.

Ce fut une demi-heure où je perdis un peu de ma patience et de mon calme. Je ne sais pas exactement ce que je ressentais. Un mélange d’appréhension et d’impatience sans doute qui me rendait fébrile et incapable de penser correctement. Sébastien vint me dire qu’il montait se changeait. L’urgence me saisit, il était presque l’heure.

Nos officiants vinrent me demander où était les alliances et je leur indiquais. Je réalisais alors que j’ignorais où se trouvait les éléments nécessaires au rituel et que je n’avais pas sortis les textes que nous avions à lire. Ils me rassurèrent en me disant qu’ils avaient tout dans le carnet. J’attrapais mon père pour retrouver le pommier et le pot pour le rituel. On mit finalement la main dessus, j’y glissais les billes d’argiles et l’envoyais descendre le tout au niveau de l’autel.

Je rejoignis ensuite ma maman qui était à nouveau affairé au niveau de la décoration des tables. Elle mettait en place les guirlandes de lierre sur le buffet et me montra les dégâts causés par l’orage. On remplaça en catastrophe quelques serviettes mouillées et sachets de sels de bain imbibés, mais on ne pouvait pas faire plus. L’heure tournait et j’avais besoin d’elle pour me changer.

Je devais monter rejoindre mon mari pour être sûr qu’il ne s’habillait pas n’importe comment. En effet, pour le style, je ne lui fais pas hyper confiance ! J’assume (ou pas) ! Elle m’assura qu’elle me rejoignait vite. Je gravis pour la dernière fois avant le mariage, l’escalier de la mort à toute vitesse.

L’habillage des mariés

J’avais eu de nouveau très chaud et je me promis de glisser sous la douche pour me rafraîchir en rejoignant mon chéri qui pestait. Il essayait d’enfiler le pantalon en coton et lyocell beige qu’on avait choisi sans succès. La chaleur avait fait gonfler ses jambes comme les miennes. Ni une, ni deux, je sortis l’autre pantalon en lin que j’avais acheté en dernière minute de crainte qu’on est pas assez de tenue s’il faisait très chaud. 

Il fit la moue, pas convaincu, mais après avoir fini d’enfiler l’autre, il abdiqua. Il s’en débarrassa et mit le pantalon en lin. Plus souple et moins cintré, il se sentit bien mieux. Sauf que… une grimace se dessina sur mon visage alors que je constatai que nous aurions dû faire un ourlet… Trop tard ! Décidément, on y était quand même allé à l’arrache sur certaines choses. J’entrepris de retourner le bas de son pantalon et les manches de sa chemise bleue en lin également. 

Malgré tout, il était beau ! Comme il l’est toujours à mes yeux, même si à cet instant, il râlait sur tout ce qu’il n’aime pas chez lui. Je le rassurai alors que je récupérais sa boutonnière. J’essayais de la fixer comme je pouvais quand ma mère arriva pour récupérer ma robe et lui passer un petit coup de fer à repasser. Elle nous donna son avis sur la façon dont je m’y étais prise et assura que c’était parfait.

Mon chéri était fin prêt, ce n’était pas mon cas ! Je souriais bêtement, je crois. Laurent, notre officiant, vint récupérer les clefs et je demandais à Sébastien de s’assurer que quelqu’un avait récupéré nos plantes pour le rituel pendant que je me préparais. Il me quitta alors sur un bisou un peu tendu, avouons-le !

Je glissai sur la douche, je ne lésinai pas sur le déodorant et le parfum. Ma sœur, mon père et ma mère me rejoignirent. Pendant que je remettais de la poudre sur mon front qui luisait déjà beaucoup trop, ma sœur se coiffait et se maquillait à mes côtés. Je mis mes bijoux rapidement alors que ma mère me pressait, car il était presque 18 h. J’en oubliai de changer de collier. Je mis mes baskets minuit sur terre puis ma maman et mon papa m’aidèrent à enfiler ma jolie robe de mariée. 

Je rigolais en disant à mon père de ne pas prendre en photo ma culotte couleur chair qui n’avait rien de sexy pour une mariée. On avait bloqué la porte avec un meuble pour que personne ne débarque pendant mon habillage et ma tante vint demander comment on procédait du coup pour la procession. Elle avait un doute dans le stress !

On galéra à fermer le bouton-pression du petit haut en dentelle et je fus soulagé de voir que je rentrais encore dans ma tenue, malgré mes problèmes de transit. Oui, les mariées ont aussi des problèmes de transit, surtout le jour de leur mariage… Ne nous ne le cachons pas ! D’ailleurs, je n’ai pas précisé que je suis passée aux toilettes avant ma douche en me demandant comment c’était possible de ne pas arriver à faire caca pendant autant de temps… Je n’ai pas la réponse ! C’est un véritable mystère ! 

Je jetais un œil dans la glace… Je n’étais pas si mal… Si on faisait abstraction de mes petits yeux et de mon acné pas totalement dissimulée par le fond de teint ! Tant pis, on ne pouvait rien y faire ! Ma sœur me distraya avec le choix de ses boucles d’oreilles et je l’aidai comme je pus pour finaliser sa coiffure. Nous étions tous prêts ! Je respirais profondément avant d’entreprendre la descente de l’escalier. Je mis beaucoup de temps afin de ne pas me prendre les pieds dans ma traîne. À cet instant, je me demandai bien quelle mouche m’avait piqué pour accepter la traîne…

Enfin…

J’atteignis le rez-de-chaussée. Mon futur époux m’attendait dans le grand salon et les larmes coulèrent immédiatement. Je retins difficilement les miennes pour ne pas détruire tout de suite mon maquillage. Ce fut quelques minutes brèves, mais intenses où nous nous regardâmes et échangeâmes quelques mots dont je ne me souviens plus de la teneur. Nos parents parlaient autour de nous, mais je n’entendis pas grand chose. Je repérais du coin de l’œil, le photographe qui nous mitraillait et je me crispais un instant… Avant de me dire :  » tant pis, on est comme on est… Ne te focalise pas là-dessus. » Je réussis à l’occulter à vivre ce moment avec sérénité. Je crois qu’à cet instant, mon stress par rapport aux invités qui nous attendaient dehors, à la cérémonie et tout le reste s’évapora…  

Mais la parenthèse s’acheva, quand on nous dit que tout le monde nous attendait et que nous devions y aller. Je réalisai alors que j’avais laissé mon bouquet dans ma chambre. Ma pauvre maman se lança donc dans une nouvelle expédition à sa recherche. Je profitai de cet interlude pour saluer notre photographe qui m’apprit qu’il était arrivé un peu plus tôt et avait shooté la décoration. J’étais ravie que Sébastien ait pensé à lui demander. Je m’enquis des fleurs et on me rassura. Ma maman nous rejoignit avec le bouquet, je le saisis et après une grande inspiration, je pris le bras de mon père tandis que Sébastien prenait celui de sa maman et nous sortîmes du château et descendîmes un nouvel escalier. Ce fut la première fois du week-end que je ne râlai pas à l’idée d’affronter un escalier…

Qui nous aime, nous suivent…

On descendit les marches lentement. Je crois que j’avais un sourire jusqu’aux oreilles et j’oubliais le photographe. Arrivé en bas, j’aperçus les invités aussi beaux les uns que les autres attroupés sous le grand pin du parc. Les applaudissements nous accueillirent. On avança vers eux alors qu’ils s’écartaient pour nous laisser place. Je lançai à qui pouvait l’entendre de nous suivre. Mon père dû me réorientait, car je déviais du chemin que nous devions prendre… En effet, nous avions choisi de prendre le chemin en pente douce et nous la jolie petite porte dérobée un peu casse-gueule, mais j’avais oublié. 

Arrivés sur le chemin, je remarquais les bougies de part et d’autre du chemin éteinte. J’entendis qu’on me dit qu’il y avait trop de vent, elles s’éteignaient sans cesse. Je crois que je répondis, ce n’est pas grave, mais je n’en suis pas certaine. Je me sentais pleine de joie, tous ces petits détails pourtant imaginés depuis un an ne me paraissait plus avoir une quelconque importance. Mon cœur débordait d’amour. J’entendais derrière nous, les invités qui nous suivaient et je percevais de plus en plus la musique qu’on avait choisie pour débuter la cérémonie : je dis Aime, de Mathieu Chedid. 

Mon papa me dit : « je te dépose à ta place et je t’embrasse ? » C’est ce qu’on fit et je m’installai sur la chaise qu’on m’avait assignée pour que Sébastien et moi soyons à peu près à la même hauteur. Il lâcha sa maman et me rejoignit en posant la main sur ma cuisse. La seconde musique débuta : tandem d’Amour. 

Je regardais toutes les personnes chères à notre cœur arrivaient et prendre place sur les bottes de paille. La scène était tellement belle que je ne pus plus retenir mes larmes. Un véritable sanglot s’échappa de mon corps. Je me sentais envahie par une telle bouffée d’amour et de bonheur que je crois que j’en tremblais. Je serrais sa main posée sur ma cuisse et j’échangeais un regard humide avec l’homme de ma vie. Il me semble qu’on s’est dit quelques mots, mais je ne me souviens pas quoi. On m’a raconté après qu’un tracteur fît des bottes de paille juste à côté, je ne m’en suis pas aperçue. J’étais dans le moment, juste dans le moment. 

On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime…

Tout le monde fut bientôt installé et la musique s’acheva. Nos officiants prirent alors la parole pour souhaiter la bienvenue à tous, se présenter, raconter ce qu’était une cérémonie laïque et qui nous étions en quelques mots et parler d’Amour.

J’étais déjà profondément émue, mais chaque mot prononcé me picotait le cœur d’une douce chaleur. Ils invitèrent ensuite, ceux qui le souhaitaient, à s’exprimer par un petit mot, un poème, une chanson, un baiser…

Ma Mamie et ma petite sœur se levèrent en premier. Laurence et Laurent leur donnèrent le ballon (de basket) de parole. Elles nous lurent sur une musique de Pocahontas le poème de Marcel Béalu, issu du recueil Des Poèmes et des Chats, intitulé Légende :

Deux amants sont devenus arbres
Pour avoir oublié le temps

Leurs pieds ont poussé dans la terre
Leurs bras sont devenus des branches

Toutes ces graines qui s’envolent
Ce sont leurs pensées emmêlées

La pluie ni le vent ni le gel
Ne pourront pas les séparer

Ils ne forment qu’un seul tronc
Dur et veiné comme du marbre

Et sur leurs bouches réunies
Le chèvrefeuille à fait son nid.

On les embrassa et je constatai qu’il m’était difficile de me relever de la chaise. Pendant l’interlude avec le prochain passage, on remarqua avec un petit rire nerveux que la durée du refrain de « Souffler » de Tryo prévu entre les temps de paroles était bien trop court. Mais tant pis, le DJ le relança plusieurs fois. Une de mes tantes, Régine, enchaîna donc sur un autre poème de Maurice Carême, Le Bonheur est tout petit :

Le bonheur, c’est tout petit,
Si petit que parfois on ne le voit pas,
Alors on cherche, on cherche partout.

Il est là, dans l’arbre qui chante dans le vent,
L’oiseau le crie dans le ciel,
La rivière le murmure,
Le ruisseau le chuchote,
Le soleil, la goutte de pluie le disent.

Tu peux le voir là, dans le regard de l’enfant,
Le pain que l’on rompt et que l’on partage,
La main que l’on tend.

Le bonheur, c’est tout petit,
Si petit que parfois on ne le voit pas,

Et on le cherche dans le béton, l’acier,
La fortune,
Mais le bonheur n’y est pas,
Ni dans l’aisance ni dans le confort.

On veut se le construire mais il est là,
À côté de nous, et on passe sans le voir,
Car le bonheur est tout petit.

Il ne se cache pas,
C’est là son secret.
Il est là, près de nous.

Puis, a sonné le moment de la traditionnelle chanson de ma famille maternelle. Alors, Laurence l’avait à peine annoncé que je pleurais à gros sanglot. Ils se sont installés, les feuilles s’envolaient, car il y avait trop de vent. Ma maman a parlé de manque de préparation et de se rattraper de sa première rencontre avec Sébastien ce qui nous a fait rire et puis ils ont commencé à chanter… Puis ils ont recommencé, ma maman était à la guitare… Ils ont chanté cette chanson de Louis Chedid :

Ces parents, ces amis, ces femmes qu’on affectionne
Avec lesquels on dort, on dîne, on parle au téléphone
Souvent quand nos regards se croisent
Y’a comme une chaleur
Mais de là à en faire des phrases
Trop de pudeur, trop de pudeur.

On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime
Par peur de les gêner, qu’on les aime
On ne leur dit jamais assez
Que sans eux, sans elles
On ne serait même pas la moitié de nous-mêmes.

Avant de nous dire au revoir, marcher à l’ombre

Avant que sur notre histoire, le rideau tombe
J’veux déclarer à tout c’ petit monde qui m’entoure :
La vie, la vie serait d’un sombre sans vous autour
Vous tous autour.

On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime
Par peur de les gêner, qu’on les aime
On ne leur dit jamais assez
Que sans eux, sans elles
On ne serait même pas la moitié de nous-mêmes.

Qu’y a-t-il de plus important ?
La raison ou les sentiments ?

On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime
On ne leur dit jamais assez

Qu’on les aime.

Je vous aime !

Je chantais bien sûr avec eux, des larmes dans la voix et je n’étais pas la seule. Leurs yeux qui brillaient trop aussi. C’est sans doute idiot, mais cette chanson traditionnelle, ça vaut pour moi tout l’or du monde car oui, dans ma famille comme dans beaucoup d’autre, on a du mal à se dire qu’on s’aime, alors on le dit autrement et notamment par ses chansons.

Mes beaux-parents sont ensuite intervenus pour quelques mots, la gorge un peu nouée, juste quelques mots pour ne pas se mettre à pleurer. C’était si touchant, eux qui sont si pudiques.

Nos officiants taquinèrent ensuite les prochains qui les avaient prévenus la veille de leur désir de parler. Il s’agissait de nos garçons d’honneur, Quentin et Tom. Ils eurent un discours bien préparé, à la fois drôle et touchant. Nous avons beaucoup ri et au milieu de ces larmes, c’était magique ! J’étais tellement heureuse qu’on ait dans nos vies des amis aussi merveilleux ! 

Laurence et Laurent ont alors demandé si d’autres personnes voulaient s’exprimer, improviser… Je m’attendais à ce que quelqu’un réponde à l’appel. Et pourtant…. Une grande (ou petite) cousine à Sébastien s’est alors levé pour nous dire ce qu’elle avait sur le cœur. C’était doux et spontanée ! J’étais vraiment impressionnée par cette femme que je ne connaissais que très peu.

Après ces mots, l’appel fut relancé et Louis, mon beau-frère, lança un prodigieux « Fais chié ! ». Il se leva et son discours fit pleurer quasiment toutes les personnes présentes, je crois. Des larmes chaudes coulaient sur ses joues et les sanglots rendaient sa parole difficile. Ce grand gaillard à l’attitude un peu prétentieuse et au ton humoristique souvent détaché et noir nous a ouvert son cœur. C’était si émouvant de le voir s’ouvrir ainsi. Je riais dans mes larmes alors que Sébastien n’arrêtait pas de dire sur un ton tendre  » Mais quel connard ! Quel enfoiré ! ». Je le serrais fort dans mes bras pour la première fois de ma vie et j’espérais que ça ne serait pas la dernière ! 

Il se rassit et lâcha à ma sœur « A toi, maintenant ! », elle murmura un « putain ! » et se leva à son tour. Rien que de la voir se lançait, des sanglots montèrent dans ma gorge. J’étais si fière d’elle. Elle aussi timide que moi qui allais s’exprimer en public sans préparation pour me dire des choses qu’on ne se dit jamais… J’écoutais son discours en me disant que j’avais tellement tellement de chance de l’avoir pour sœur. Que malgré toutes nos disputes et toutes les angoisses qu’elles me faisaient vivre, pour rien au monde, je ne voudrais la perdre, jamais ! Elle est clairement la personne la plus importante pour moi, à la fois ma sœur, ma confidente, ma meilleure amie et ma meilleure ennemie pour le meilleur et pour le pire. 

J’avais du mal à reprendre mon souffle et pourtant, ce n’était pas fini. Alors que ma sœur rejoignait sa place. C’était désormais à nous de nous lever pour échanger nos vœux. J’étais un peu flageolante et je sentais que Sébastien ne savait plus trop ce qu’on était sensé faire. On a trouvé la bonne page dans le cahier de nos officiants et nous avons commencé à lire nos vœux.

Je songeais à cet instant qu’on aurait pu les apprendre par cœur, mais je suis certaine qu’on aurait perdu nos moyens tout de même. On se mélangea un peu entre ce que je devais dire et ce que lui devait dire et au moment de tourner la page, Sébastien était prêt à retourner savoir… Il les connaissait pourtant, mais là, il se serait arrêté au milieu d’une phrase… Nos vœux étaient un peu mécaniques, mais ils avaient été écrits avec le cœur tout de même. J’ai hésité à vous les partager, mais finalement, les voici :

G : Les premières pages de notre histoire me paraissent déjà si lointaines…

S : Pourtant, j’ai l’impression qu’on a commencé à l’écrire, il y a quelques jours à peine !

G : C’est vrai, tu as d’abord dû m’apprivoiser…

S : Et, on peut dire que tu m’as bien fait galérer…

G : Oui, mais c’est le temps qu’on prend pour l’autre qui rend une relation unique, ce n’est pas trop romantique ?

S : Pour moi, notre amour est volcanique !

G : Faut avouer qu’au fond, on aime bien la pagaille,

S : Dans notre appartement, on a même mis du bois et de la quincaille !

G : On a cassé, on a carrelé, on a râlé, on s’est loupé,

S : On a persisté, et au final, on y est arrivé !

G : Chaque soir, on se blottit sous notre toit

S : Et si on se sent parfois un peu à l’étroit,

G : C’est simplement à cause de nos deux chats !

S : Ouais, enfin y’en a une autre qui tire les draps !

G : Allez…  Même si tu dois supporter mes humeurs, je sais que tu ne pourrais plus te passer d’elles

S : Et toi, tu soupires en riant à mes bêtises mais elles te sont devenues essentielles !

G & S : Parce que tous les nuages du monde n’empêchent pas les pleines lunes et que chaque fois qu’elles brillent, c’est nos espoirs qui se rallument…

G : Parce qu’on a peut-être des idées utopiques Et quand on en parle, certains sont septiques Mais on voudrait redonner vie à cette humanité cabossée,

S : Comme on le fait avec des meubles oubliés et des palettes désossées !

S : Comme dans tous les bons romans,

G : Dans chaque chapitre, on affronte des rebondissements

S : On apprend à dribbler avec les événements,

G&S :Y’a des sourires et des soupirs, et des fous rires à en mourir
Y’a des émotions qui transpirent, et des sanglots qui déchirent, Y’a rien à réécrire, on a tout à construire ! Les pièges de l’avenir nous attendent mais on n’a pas peur d’eux, chaque moment tous les deux est forcément merveilleux !

S : Ce que je préfère, c’est notre force, mais l’ mieux c’est notre fragilité !

G : On a pas le droit à l’erreur quand on écrit un texte d’amour, et puis c’est dur de mettre de l’humour. Alors on s’est grandement inspiré, mais promis, on n’a pas triché, Allez chut, on vous a rien dit, fortuite est la ressemblance,

G & S : Car pour le reste de notre histoire, rien n’est écrit, mais tout sonne comme une évidence ! Plus besoin de réfléchir, y’a pas de fin à notre conte, « Il était une fois… », on reste sur ça, car notre belle histoire d’amour toujours continuera…

Si Sébastien avait perdu toute notion de dérouler, ce n’était pas mon cas. Je le retins par la manche, car nous devions rester prêts du pupitre pour l’échange de consentement. Sans surprise, on se dit oui ! Je me disais que peut-être, j’hésiterais comme dans les films, mais non pas du tout, j’en étais sûre depuis longtemps ! 

Mais ensuite pour l’échange des alliances amenées par nos témoins, ce fut une autre paire de manche, on bafouilla et fit répéter nos officiants plusieurs fois ! Ça nous a bien fait rire et malgré la chaleur, nous avons pu passer nos bagues sur nos annulaires boudinés. 

On s’embrassa sur les hourras et les applaudissements ! C’était si drôle, léger et à la fois solennel. 

Ils nous lurent ensuite tous en cœur une bénédiction ! Ça résonnait comme dans une cathédrale, mais en plein air, c’était très étrange, y avait un genre de frisson. 

Vient ensuite le moment du rituel. On ramena le pot et les fleurs pendant que Laurence expliquait son principe. Cette explication, je l’avais rédigé, et elle passait sous silence le symbolisme des fleurs et des dessins sur le pot en bois de palette. Je me disais que si quelqu’un demandait nous lui expliquerions, mais personne n’a cherché à savoir et c’est aussi bien comme ça. Nous avons d’abord versé une partie de notre terre, puis petit à petit chaque invité est venu déposer sa terre dans le pot tandis qu’on plaçait les différentes fleurs.

Si au début, ce n’était pas fluide et un peu étrange, cela évolua d’une façon étonnante et touchante. Je me rendis compte qu’on n’avait pas trop réfléchi à la façon dont cela se passerait et en fin de compte, tant mieux. Il y a eu ceux qui nous ont expliqué d’où venait la terre et ceux qui nous a dit des conneries et puis soudain, c’est devenu le moment des félicitations. 

Je ne sais plus qui a commencé. Mais d’un coup, l’atmosphère a changé. Elle est devenue plus légère et nous avons eu des tonnes de câlins et de bisous. Il y avait des rires et des sourires et je m’arrêtais enfin de pleurer. Je songeai avec bonheur que nos bébés avaient enfin la place qu’ils méritaient dans nos familles et nos vies même si tout le monde ne connaissait pas leur existence, ils avaient désormais leur place et ils seraient accompagnés comme nous par tout cet amour.

Alors que nos officiants invitaient les invités à retrouver leur place. Je rajoutais le reste de notre terre et taquinais Sébastien qui m’avait dit que j’étais folle d’emmener autant de terre, qu’on n’aurait jamais besoin d’autant…. Qui donc a le compas dans l’œil, maintenant ? 

Nous arrivions au terme de notre cérémonie et il me restait à lancer la méditation. J’ai lu un peu trop vite mon texte, j’ai grimacé quand le DJ a failli lancer l’enregistrement trop tôt et en découvrant que le son du bol tibétain grésillait dans la sono. On ne pouvait pas faire machine arrière. Tout le monde s’installa, le temps de cette méditation. Cela me permit de respirer tranquillement quelques minutes pour reprendre mes esprits. En rouvrant les yeux, je me demandai si les gens avaient adhéré. J’étais déjà ravie que tout le monde ait tenté. Je n’appris que plus tard que beaucoup de gens avait apprécié, notamment sur les photos… J’en étais profondément ravie et touchée.

La cérémonie s’achevait et nous embrassâmes nos prodigieux officiants. Je savais que jamais je ne les remercierais assez. Il avait fait de cette cérémonie, un moment hors du temps bien plus beau que tout ce que j’avais pu imaginer. 

Immortalisons ce moment…

L’orage avait tourné autour de nous pendant la cérémonie. Quelques grondements m’avaient tiré de ma méditation, mais le calme était revenu. La lumière de fin de journée s’étirait sur le sol et je me demandais l’heure qu’il était, mais en tout cas nous étions juste au bon moment pour les photographies comme nous l’avions espéré. Le coucher de soleil distillait de belles lueurs alors que Louis courait chercher la liste des groupes de photos.

Les photos de groupe passèrent en un éclair et je songeais que je ne serais clairement pas à mon avantage ! On fut ravis de découvrir que certaines personnes avaient reconnus les chansons choisis pour le rituel : des musiques de Disney et du cinquième élément. J’essayais vainement de garder mon dos droit et pestais intérieurement sur ma façon de m’avachir tout le temps.

Tout le monde fut invité à remonter dans le parc pour boire un verre et grignoter quelques trucs, tandis que pour Sébastien et moi, la séance de torture devait commencer. J’appréhendais beaucoup les photos de couple… Je n’aime pas être prise en photo et cette pression de devoir en avoir une jolie ne m’aidait pas. Pourtant, ce moment nous permit à Sébastien et moi de nous retrouver, de savourer cette cérémonie avant de retourner à l’agitation. 

Et si on trinquait ?

On rejoignit enfin nos invités et je dus boire un litre d’eau au sirop fait par ma sœur en quelques minutes. J’essayais de discuter un peu avec chacun, mais encore une fois, j’avais beaucoup de mal à aligner deux phrases cohérentes. J’étais de nouveau prise dans le tourbillon de tout ce qu’il restait à faire… Les animations, l’ouverture de bal… Je m’étais dit qu’il serait bien aussi que je remercie tout le monde avant qu’on passe à table, mais je n’avais rien préparé. Le petit vélo qui fait des listes pédalait à nouveau dans ma tête et le temps du cocktail passa comme un songe. Je réussis pourtant à glisser quelques compliments à ma cacahuète d’amour.

La nuit tombait quand ma sœur vint me chercher pour faire encore quelques photos. Je me prêtai au jeu alors même que je savais que je commençais à accuser le coup. Mon visage se marquait sans aucun doute de fatigue. Ce fut tout de même un bon moment de câlin… Et rien ne vaut les câlins !

Trouver sa place…

La nuit avait tranquillement plongé dans la pénombre le château et les lumières des guirlandes guinguettes avaient pris le relais. Je croisai Catherine qui m’annonça que le buffet était quasiment prêt. On invita chacun à trouver tranquillement sa place. Je regardais les personnes slalomer entre les tables à la recherche de leur mandala en souriant. Je notais mon père et mon beau-père en plein débouchage de vins. J’attrapais quelques personnes pour assurer le rapatriement en carafe d’eau.

Je gagnais ma place et pris le micro pour rapatrier les retardataires. Une fois, tout le monde installé, j’essayais de bredouiller quelques mots pour remercier chaque personne. J’oubliais bien sûr des choses et des personnes. Mais étonnement, je ne me sentis pas aussi stressée que d’habitude de parler en public. En même temps, j’étais entourée que de belles personnes. J’invitais chaque table à prendre connaissance du jeu noté sur la petite feuille sur laquelle le nom de la table était indiqué. J’expliquais rapidement le principe de ce défi photo avant de déclarer le buffet ouvert. Je fus alors pris de court en songeant qu’il fallait que je détermine un ordre de passage au buffet, je décidais au hasard et constatais à posteriori que c’était par la table la plus gourmande que j’avais commencé. 

Nous passions en dernier et nous pûmes discuter, rire et prendre quelques photos de notre défi en attendant notre tour. En toute honnêteté, je ne me souviens plus trop de quoi nous parlions.

Ma sœur me demanda à plusieurs reprises quand elle devait faire le flash-mob, et je regrettai immédiatement la façon sèche que j’eus de lui répondre que je n’en savais rien, qu’elle aurait dû voir ça avec le DJ. Je savais pourtant que la communication avec lui avait été compliquée, car il ne s’était pas du tout investi dans le truc et ne comprenait rien aux demandes… On convint aussi qu’on ferait la projection surprise juste avant l’ouverture de bal après le repas. Il y eut un incident de lumière et notre gérant ne sut pas le régler, heureusement nos Mc Gyver le résolurent. Je pris quelques minutes pour constater que le défi jeu semblait bien fonctionner et rapprocher les tables. Tout le monde semblait bien rire.  Nous avons plein de belles photos de ce défi, mais je ne peux pas vous les partager.

Défi photo : un baiser en noir et blanc

Notre tour pour le buffet arriva et je constatai que beaucoup de plat avait déjà été vidé, et je regrettais de ne pas avoir été voir avant. Je me doutais que personne n’avait songé à prendre de photos, mais c’était désormais trop tard. Je me servis d’un peu de tout, mais mangé peu, car très vite, j’eus l’estomac plein. Le résultat de plusieurs jours à picorer avait nettement réduit mon appétit. Tout était bon, mais j’ignorais ce qu’on mangeait. Catherine n’avait clairement pas eu le temps de mettre en place des ardoises avec le nom des plats. Je ne pouvais lui en vouloir, nous avions été dépassés nous aussi. 

Une fois, mon assiette terminée, je décidai de faire le tour des tables afin de savoir comme se portaient nos invités. Je pris le temps de prendre des nouvelles de chacun avant le moment du fromage et je grillai ma cacahuète qui eut l’affront de nier ! Haha !  Ma sœur décida alors de lancer le flash-mob. Tout le monde se leva et on fit la danse une première fois. 

Ce fut un très beau moment. À côté de ma sœur, nous comptions les temps en enchaînant les quelques mouvements sur « Come and Get Your Love ». Tout le monde se prit au jeu et c’était vraiment sympa. 

À la fin, chacun rejoignit sa table et reprit le repas. Je continuai mon tour de table et constatai qu’à notre table pourtant au centre, nous n’entendions absolument pas la musique d’ambiance… Dans ce moment de bonheur, je décidai de ne pas m’attarder sur ce point, car je ne tenais pas à m’énerver à ce propos. Je pensais néanmoins qu’il était gonflé avec ses : « je m’occupe de tout, ça ne changera rien pour vous ». 

Encore une fois, je perdis la notion du temps et je ne saurais plus vous dire dans quel ordre se passa la suite. Les animations s’enchaînèrent. Au jeu du « qui-est ce ? », je perdis à une question près. Tout ça à cause d’une question mal posée ! Raaa ! Heureusement, mon gage de nettoyage de litière ne changeait rien à ma vie. 

Le DJ lança une nouvelle fois la musique du flash-mob et tout le monde se leva pour danser. J’étais vraiment ravie de cette superbe animation. Il me semble que le téléphone arabe fut lancé pendant le dessert et donna lieu à de franches rigolades ! Je râlais quand même à ce moment-là, car le DJ n’avait plus de micros pour une raison obscure, mais sans aucun lié au fait que ce n’était pas son matériel. Heureusement que ces changements ne changeaient rien pour nous ! Notre garçon d’honneur fit porter sa voix et il s’en sortit. 

Il était un peu plus de deux heures du matin, quand je vis François tourner autour du DJ. J’avais repris mon tour de table et je l’entendis râler sur le fait qu’on était toujours dehors… Je retins ma colère alors qu’on décidait d’annoncer aux invités de rejoindre la grange pour une surprise !

À cet instant, la pression était remontée d’un coup pour moi. L’attitude du gérant ne me plaisait pas du tout, surtout qu’il n’était pas sensé rester sur place comme il le faisait. Ce n’était pas convenu ainsi et je pus constater à cet instant que le « ça ne change rien pour vous de devoir vous déplacer pour danser » était totalement faux. Il me fallut beaucoup d’aller-retour pour arriver à faire remonter tout le monde jusqu’à la salle. Sébastien se refaisait la chorégraphie de l’ouverture de bal et était également tendu. Une nouvelle fois, je ne fus pas très agréable avec ma sœur en lui disant de lancer la projection même si tout le monde n’était pas arrivé… J’étais assez irritée de constater qu’il était plus de 2 h 30 du matin et que nous n’avions toujours pas dansé. 

Elle lança finalement la projection et quand je compris ce qu’il avait fait, les larmes une nouvelle fois se mirent à rouler sur mes joues. Je songeais bêtement que c’était impossible que je ne sois pas complètement déshydratée à ce stade. Les scénettes filmées par les membres de nos familles avec les phrases des paroles de la chanson qu’ils nous avaient chantés pendant la cérémonie s’enchaînaient. Tout était parfaitement synchronisé sur la chanson qui résonnait dans la salle.

Au fur et à mesure, je prenais l’ampleur du travail accompli, tout en savourant chaque image, chaque visage, chaque expression qui défilaient sur l’écran. Certains passages étaient chou, d’autres drôles, d’autres un peu gauche, mais ce qui transparaissaient, c’était l’envie de bien faire, de faire par amour. Et une nouvelle fois, je sentais mon cœur se gonflait d’amour et je peinais à reprendre mon souffle entre mes sourires, mes rires et mes larmes.

Sébastien réussit à remercier tout le monde par des applaudissements et des baisers envolés, je restais moi pantoise, incapable de parler. Je me sentais si bête face à tant d’amour déployé. En vrai, je ne pensais pas avoir de surprise et surtout pas une surprise de cet acabit. C’est bien au-dessus de tout ce que j’aurais jamais pu imaginer même dans mes rêves les plus fous. Pour finir sur une note d’humour, on visionna le bêtisier et cette séquence surprise se finit dans une belle tranche de rire. J’embrassai ma sœur et la serrais très fort, alors que tout le monde descendait dans la salle du bas pour assister à notre ouverture de bal. 

Alors, on danse…

Nous descendîmes sur la piste de danse. Sébastien était tendu, je le voyais se répéter chaque pas dans sa tête, j’étais relativement zen, car je me disais à cet instant, ça n’a pas la moindre importance que ça soit raté.

Le DJ lança la musique « Week-end à Rome d’Amour » et on démarra. Je réalisai très vite que malgré ma traîne attachait, je n’avais pas d’amplitude de mouvement et que je marchais tout de même sur ma jupe. Je me raidis et mes mouvements se firent moins fluides et plus saccadés. On souriait, mais je sentais qu’on était de moins en moins dans le rythme… Sébastien loupa un pas et on passa à une improvisation totale le temps du West Coast Swing. J’attendais avec impatience la coupure afin de se lancer dans la partie fofolle, un peu medley avec des musiques et des chorégraphies drôles et connues. Quand elle arriva, on rameuta plusieurs personnes et la soirée commença vraiment. Les invités furent surpris, mais on entendit des appréciations sur nos choix de musique et nous n’eûmes pas à rameuter les autres, tout le monde nous rejoignit sur la piste.

La soirée était lancée et les morceaux s’enchaînèrent. Je ne saurais pas vous dire ce qui passa. Il y a avait des chansons cools ou attendues, mais aussi quelques loupés. Je tiquai plusieurs fois sur des transitions étranges. Cela ne m’empêcha pas de danser dans la mesure de mes mouvements limités pour ne pas chuter en me prenant les pieds dans ma robe. Je perdis la notion du temps et de l’heure. 

Mes seules pauses furent pour boire un peu et me rendre aux toilettes. Je fus soulagée de constater que je pouvais faire pipi sans retirer ma robe, ça n’en restait pas moins compliquée. J’ôtais au bout d’un moment mes baskets et déambulais pied nus. Atteindre les toilettes s’avéra à partir de là plus difficile puisqu’il me fallait passer la cour en gravier. La chaleur était insoutenable dans la salle et les allers-retours à l’extérieur étaient nécessaires. 

Le taux d’alcoolémie avait largement monté et les danses étaient de moins en moins ou de plus en plus… Bref, je ne sais plus trop. J’écoutais quelques discussions sans parvenir à en tenir une de mon côté. Encore une fois, c’est un peu brouillé. On attendait avec impatience que le DJ repasse le flash-mob et il le fit deux fois, on était comme des fous prêt à refaire la chorégraphie. Je rigolais bien qu’en certains réalisèrent que la chorégraphie du flash mob pouvaient être faite sur la plupart des musiques. C’était donc parti !

Au fil des danses, le nombre de danseur diminuait et de plusieurs personnes vinrent me souhaiter bonne nuit. Je pensais sur l’instant que la fête venait juste de commencer, puis je me souviens qu’il était déjà très probablement 4 h du matin. Je les embrassais et leur dit à demain, quand ma sœur vint me prévenir que certains ne comptait pas revenir pour le brunch. Nous fûmes très en colère. Certaines d’entre elles m’avaient dit : A demain et je les avait compter pour le brunch et avaient dit autre chose à ma sœur. Je réalisai même que certaines personnes étaient parties sans me dire au-revoir…

J’étais en colère surtout parce que j’étais profondément blessée et déçue par cette attitude. Je savais pourtant que ces membres de ma famille avaient souvent un grand manque de savoir-vivre, pourtant qu’elles agissent ainsi à mon mariage me crevait le cœur. Je regardais alors mes cousins et mes amis dansaient comme des fous sur la piste et je relativisai, ceux qui comptaient vraiment étaient là avec nous ! J’oubliais cette incident et me remis à danser.

Il y aussi le moment des slows avec les deux musiques des entrées de bal de nos parents. Malheureusement, les principaux intéressés n’étaient plus sur la piste… Il avait trop attendu, mais tant pis ! Arriva ensuite les fameuses chansons de fin de soirée qu’on connaît tous par cœur et qui saoulent un peu, mais bon… 

La piste se vida tranquillement et si certains mirent une sono portative pour poursuivre un peu, j’avouais que j’étais personnellement au bout de ma vie. Il était presque 6 h du matin.

Je m’attrapais à aller me coucher, mais alors que je récupérais mon téléphone et mes baskets, mon père m’appris qu’il avait fait une bêtise, il avait vidé des verres de bières dans l’évier du bar… Le fameux bar qu’on avait déplacé et qui donc n’était pas raccordé au réseau. Pour sa défense, l’évier n’était pas condamné et le gérant ne nous avait pas alertés sur ce point… C’est quand même pas malin de mettre un évier pas raccordé sur un bar où met donc des boissons… Ma tante se prit un fou-rire. Moi, j’étais un peu énervée, car tout le monde avait l’air de vouloir laisser ça comme ça et de se coucher. Moi, je pensais à notre caution et j’entrepris donc d’éponger le sol en robe de mariée. Une amie et ma maman prirent le relais pour passer un coup rapide de serpillière.  

Je pus donc enfin monter me coucher.

Le marchand de sable est passé…

L’escalier ne me parut jamais aussi difficile à monter. J’avais toujours très chaud. Je portais l’urne, mon haut en dentelle que j’avais et mon téléphone à la main et chaque marche me coûtait.

Sébastien était déjà allongé. Je me déshabillais en babillant comme je fais toujours. Je m’apprêtais à me coucher, quand je réalisais qu’il fallait que je me démaquille et que j’ôte ma couronne de fleurs. Mon jeune époux fut totalement inutile. Je galérais pendant de longues minutes sur le lit alors qu’il sombrait. Résignée, je finis par rejoindre la salle de bain et il me fallut vingt bonne minutes supplémentaires pour ôter chaque épingle. Je dus ensuite démêler chaque mèche qui s’était prise dans la couronne. Je pestais. J’avais bien envie de tirer d’un coup sec, mais je craignais d’abîmer les fleurs séchées. Je pris ensuite quelques minutes pour enlever mon maquillage. 

Je pus alors me coucher, il était prêt de sept heures… J’étais épuisée, mais heureuse. Je crois que je m’endormis avec encore quelques larmes d’émotions au coin des yeux.

Ellega

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