EQUILIBRE / EQUITE,  INSPIRATION,  SPIRITUALITE

Se consumer dans le consumérisme ?

Chère Harmonie,

Notre Dame de Paris a brûlé ce lundi, le 15 avril. Le jour de mon 29e anniversaire. Et si mon cœur s’est serré devant ses images. Au fond de moi, je me suis dit que c’était peut-être simplement son heure. Oui, je suis depuis plusieurs mois dans cet état d’esprit qui me fait penser que rien n’arrive au hasard, que tout a un sens, une raison même si nous ne la comprenons pas toujours. À tort ou à raison, je n’en sais rien. On peut penser que c’est fataliste de résonner ainsi. Il peut y avoir de cela, sans doute, mais c’est surtout lâcher prise sur ce qu’on ne peut pas maîtriser. Bref, c’est un sujet à part entière et ce n’est pas le moment, je crois que je m’y attarde. Si tu es septique, dis-toi juste qu’au fond peu importe tant que cela me rassure et me parait juste. 

Revenons-en à cet incendie. Voir ce monument à la fois religieux, mais surtout historique et bâti sur des siècles par des personnes dont le savoir-faire nous dépasse en proie aux flammes a suscité beaucoup d’émoi et de réactions. Voir comment des millions ont été sortis en quelques heures à peine a généré aussi beaucoup d’indignation. 

Mais comme tu le sais, Harmonie, on bascule alors dans la politique. Et même si ce sujet et surtout comment elle est menée me hérisse les poils et m’écœure au plus au point. Je n’ai pas envie de parler ici de politique, de ces vils jeux de pouvoir… Tout simplement car d’une part comme je l’ai déjà mentionné, je ne crois pas à ce système pour changer le monde (je crois que le changement part d’ailleurs.). Mais aussi, je ne suis pas assez informée et aux faits de ce monde qui me scandalise pour que mon opinion puisse être non biaisée.

Bref, je me contenterais de dire, Harmonie, qu’il est apparemment facile de donner des millions d’un claquement de doigts pour un tas de pierres (aussi belle et riche d’enseignement et d’histoire soit elle) alors que des gens meurent chaque année dans les rues et que la planète est détruite à petit feu.

Oh ! Tiens ! Quelle ironie… Incendie… Feu… Je ne suis pas la seule à évoquer ce « drôle » de parallèle. J’en veux pour preuve cette phrase que j’ai lu à plusieurs reprise « Et pour cette cathédrale-là (avec une photo satellite de la terre), on fait quoi ? ». Il est inutile, je crois, que j’aille plus loin sur ce chemin pour que vous compreniez mon point de vue… D’autres que moi utilisent des mots plus justes et plus percutants que moi sur les réseaux sociaux notamment.  

Néanmoins, voir ce monument partir en fumée a fait réagir bon nombre de gens. J’ai lu de nombreux posts sur instagram (perchés sans doute) et qui ont fait écho en moi. D’ailleurs, je vous invite à me suivre sur instagram si jamais cela vous intéresse de m’écouter radoter en stories. Oui, je radote beaucoup et de plus en plus, l’âge toussa toussa. J’ai envie ici de vous résumer ce que j’ai lu. Il y a, je crois, matière à réfléchir sur soi et sur le monde… (Même en flamme, Notre Dame nous transmet des messages… N’est ce pas son but intrinsèque de nous permettre de voir au-delà… ?) 

  • Et sii en se consumant, Elle nous invitait à regarder ce que nous devons purifier en nous ?
  • Est-ce que la charpente en feu (nommée à juste titre « la forêt ») ne nous rappelle les arbres qu’on abat chaque jour pour plus de profit ?
  • Et si cette grande dame nous disait qu’il est temps de mettre fin à ce qui doit disparaître. A commencer par le capitalisme ou plus large encore le patriarcat ? Et si elle parlait de phœnix, de renaître de ses cendres pour retrouver un meilleur équilibre ? D’y ramener du féminin ? Ce fameux féminin sacré afin de trouver la balance juste entre énergie féminine et masculine…
  • Ce sujet me passionne, mais je n’ai pas encore pleinement intégré ces notions pour vous en parler -.

Alors que je lisais tout cela, un immense espoir m’a envahi. Et si cette tragédie nous permettait de construire un monde nouveau en commençant par cette cathédrale ? Et si on en faisait le symbole d’un monde nouveau. Un monde où nous choisirions de bâtir de façon raisonnée avec nos connaissances actuelles et dans le respect de tout. J’espérais vraiment dans mon fort intérieur que oui nous allions désormais laisser brûler ce qui devait disparaître pour ne garder que le meilleur de l’humanité pour s’ouvrir à plus grand, au ciel…

RLOppenheimer

Et puis les heures ont passé et l’argent a coulé à flots. Et j’ai compris qu’encore une fois, on allait chercher à étouffer toute possibilité de changement en reconstruisant à l’identique ce qui pourtant ne fonctionne plus ! J’ai senti qu’une nouvelle fois, on allait se servir d’une tragédie pour rassembler la nation et détourner le peuple du vrai problème ! Oh non, nous ne sommes pas dupes…. Mais non, Harmonie, on avait dit qu’on ne parlait pas de politique !!! 

Alors revenons-en à cette destruction par le feu. Il y a un parallèle que je n’ai pas lu sur tout ce que j’ai vu défiler sur le sujet, en tout cas pas avec les mots que je choisis de partager ici. Nous avons tous déjà remarqué cette étrange – et révélateur – parallèle entre le mot consommation et consumation, entre consumérisme et consumer… non ? Oui, en consommant, on détruit tellement de choses. Et comme ce qu’on consomme nous consume, le plaisir de l’achat est aussi éphémère qu’une brindille dans la cheminée allumée. Ces plaisirs qui partent si vite en fumée… Et si cet événement ne nous met il pas en garde contre ça au final, contre notre société de consommation ? Je prends, je jette dans un claquement de doigts et nous rappelle aussi que même nous sommes au final si fugace à l’échelle de l’histoire de ce monde. Pour qui nous prenons-nous ? 

Face à toutes ses réflexions, j’étais encore plus déterminé à poursuivre sur la voie de l’essentiel – je crois que je n’ai d’ailleurs pas encore évoqué vraiment ce sujet en tant que tel. Et puis j’ai suivi une personne qui m’est chère dans des magasins. Je voulais lui faire plaisir, vraiment. Alors, je me suis fait violence et j’ai passé une après-midi à faire les boutiques, tandis qu’on annonçait 5 ans de reconstruction contre toute logique. Et de mon côté aussi, je m’apprêtais aussi à sombrer dans ce désir de combler ce vide vite, maintenant, tout de suite en reproduisant les mêmes erreurs. 

Oui, ce fut si dur de ne pas céder ! Moi qui pourtant suis décidée à ne plus acheter de vêtements neufs surtout si je ne sais pas d’où ça vient et comment ça a été fabriqué. Moi qui n’étais plus entrer dans un magasin depuis des mois voir des années où on vous jette des fringues à la figure. Je l’avoue, oui, j’ai pourtant été tentée. Devant ces longueurs de rayons aux couleurs éclatantes, il aurait été si facile d’enfiler cette jolie robe pour me sentir plus belle, mieux dans mon cœur, d’oublier un instant en me regardant dans la glace que je vis dans un monde si injuste. 

Alors, certes, j’ai résisté, mais ce fut rude et encore plus de voir cette personne absolument désespérée de ressortir des boutiques sans avoir rien acheter, comme si l’achat était la seule chose qui pouvait la combler. Bien sûr que je sais que c’est une façon de se remplir, bien sûr que j’ai conscience que j’étais pareil (et peut encore l’être), il y a de cela seulement quelques années et pourtant quelle violence de se le reprendre en pleine face. Comment changer ce monde si une si simple chose comme ne pas acheter ce dont on a pas besoin demande tant d’effort ? Même pour quelqu’un d’ouvert, à l’écoute et en adhésion avec les arguments et convictions de la nécessité du changement.

La colère (mon amie familière) a alors refait surface face à ce faux besoin ancré au plus profond de nous, les « consommateurs ». Oui, on nous a collé cette étiquette et elle s’est tellement incrusté qu’elle a comme fusionné à notre peau voir à notre ADN. Ce besoin, d’avoir pour être comme j’en parlais déjà dans l’une de mes premières lettres semble faire partie intégrante de notre identité. Et si j’ai tenu bon aussi longtemps que possible, mais j’ai fini par céder sur quelque chose. Elle a alors acheté ce rouleau de nappe. Je n’avais pas assez de force pour lutter à la fois contre cette part de moi et la sienne. Je suis d’ailleurs ressortie de cette après-midi éreintée comme si j’avais combattu dans une arène. Moi seule face à ce géant qui nous consume tous. 

Je me sens si impuissante. Pendant que le toit de ma maison s’enflamme, je pense à sauver les meubles au lieu de m’enfuir… Mais comment a-t’on pu perdre de vue l’essentiel à ce point ? Combien de cathédrales devront encore brûler pour qu’on se retrouve ? Qu’on retrouve le sens des priorités, de nos vrais besoins et non ceux qui ont été créé par cette société de fou ?

Comment en sommes-nous arrivés là ? À quel moment est-il est devenu plus facile d’acheter que de vivre ? Pourquoi voulons-nous vraiment avoir une nouvelle robe, manger des fraises ou des tomates en plein hiver ? Nous avons perdu le sens et la valeur des choses. Nous nous sommes perdus… Enfermés dans cette société. Cloîtrés dans ces magasins, dans ce besoin de grandeur et cette opulence, nous en avons oublié tant de chose. La première de simplement regarder le ciel (et nous ne pouvons maintenant depuis la cathédrale). Mais surtout de profiter de la seule chose que nous avons vraiment, la Vie.

Pardon, Harmonie, je sais que cette lettre n’a pas de logique. Elle a simplement le mérite d’exister. Je n’ai pas de fin, pas de conclusion, rien. Elle est juste là pour laisser une trace même si elle doit partir en fumée…

Ellega

PS : Pardon à toi, Harmonie et à vous, lecteurs, pour cette lettre. Je n’ai pas eu le temps de relire comme il l’aurait fallu car j’ai voulu qu’elle sorte maintenant. C’est un cri du cœur, quelqu’un chose que j’avais besoin d’écrire même si ça ne fait rien avancer ! Que ressentez-vous face à tout cela ?

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