BIENVEILLANCE

Et si on cessait de juger ?

Chère Harmonie,

Je te parle souvent de mental et d’ego et ces derniers temps aussi des injonctions insidieuses et des remarques directes qu’on reçoit au quotidien. Pourtant autant pour le mental et l’ego, je dis sans détour que cela vient de nous-même, autant pour la seconde partie, j‘utilise volontiers les termes de « société », « des autres » ou encore « les gens »…

Cette manie traduit deux travers. Le premier signifie que ces remarques et injonctions viennent de l’extérieur, que nous n’en sommes pas responsables et que nous ne pouvons rien y faire. Le second exprime l’idée que moi, nous, nous sommes bien loin de faire ce genre de chose aussi vil.

Or, on est bien d’accord que ce n’est pas le cas, n’est ce pas ? Car si ces injonctions existent, c’est bien que quelqu’un les a inventées d’un et de deux qu’on les perpétue.

Alors, soyons honnête, deux minutes ! Est-ce que je juge ? Ça me fait mal de l’admettre, mais oui, je juge. Tout le monde et sans cesse. Si, en général, je ne me permets pas de formuler à voix haute mes réflexions aussi idiotes les unes que les autres, cela ne m’empêche pas de critiquer untel quand je suis avec bidule. Que le premier qui ne l’a jamais fait, me jette la première pierre… Mais si tu existes, sache que je suis vraiment heureuse de savoir que c’est possible (et que de surcroît, tu lis mon blog, petite fierté personnelle, ça ne fait jamais de mal).

Alors, comment puis-je parler de bienveillance, de douceur, d’éthique et tutti quanti alors que je ne respecte même pas mes propres idées ? Parce que je suis totalement imparfaite. Parce que j’ai depuis l’enfance appris à juger, car tout le monde le fait et que, en conséquence, ça me paraît naturel de le faire. Tant et si bien que souvent je ne m’en rend même pas (plus) compte.

Pourtant, quand je reçois des brimades, je me pose bien sûr en victime. Et c’est un peu ce que j’ai fait dans les dernières séries d’articles sur les injonctions qui pèsent en majorité sur les femmes. D’ailleurs, nous, femmes, nous identifions très souvent à ce statut de victime. Nous devons subir les menstruations et c’est injuste. Nous devons nous épiler et c’est injuste. Sans parler des tâches ménagères dont nous nous occupons presque exclusivement et c’est toujours injuste.

On nie la plupart du temps complètement notre responsabilité dans ce système que nous entretenons pourtant par nos attitudes. Car il faut pourtant que nous l’acceptions. Même si cela ne flatte pas notre ego. Si nous sommes parfois voir souvent la victime, nous sommes également et certainement le bourreau dans un certain nombre de situations. Celles-là même souvent dans lesquelles nous nous posons ironiquement en victime (cette fameuse dualité).

Alors, oui, nous avons un avis sur tout et surtout sur ce qu’on ne connaît pas. On pense savoir mieux que tout le monde. Entre préjugés et jugement, on ne s’ennuie jamais. Et c’est bien ça le problème. Critiquer les autres est comme une activité sociale.

Comment en est-on arrivé là ? Par des décennies, voir des siècles, peut-être davantage…  Qui sait ce que se raconter les hommes préhistoriques ? Est-ce qu’il faisait déjà des remarques sur la façon dont untel dépeçait ou cueillait ? Je n’en sais fichtre rien.

En tout cas, je suis sûr que le jugement est une attitude très humaine. Elle vient donc du mental ou de l’ego, et c’est là qu’on se rend compte de l’erreur d’utiliser des termes extérieurs à nous pour désigner « les méchants ». Le méchant, c’est nous.

J’en parlais déjà dans mes articles sur le mental, puis sur le body-positive. On peut repérer la petite voix qui nous auto-critique, mais qui critique aussi les autres et la calmer. Car c’est bien la même qui nous pousse à donner notre avis (le plus souvent méchant) pour renforcer notre ego. Quand on critique quelqu’un d’autre, cela permet à la petite voix de se dire : « moi, je suis mieux ». Et c’est si satisfaisant qu’on continue à juger même lorsqu’on se rend compte que c’est mal. On en redemande. Comme une sorte de drogue de l’autosatisfaction. Nous nous sentons tellement misérables qu’on a la sensation qu’on ne peut s’élever qu’en rabaissant les autres.

La première étape pour se débarrasser de cette vilaine manie, c’est justement d’accepter que nous ne soyons pas parfaits, mais que cela ne nous rend pas inférieurs aux autres. Découvrir que quand on ne critique pas, on ne se sent pas plus mal, au contraire, on se sent mieux. Essaie, Harmonie, tu verras.

Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire. C’est comme arrêter de fumer (enfin, j’imagine). L’habitude est si ancrée qu’on ne sait pas faire autrement. On a du mal à se contrôler. Et c’est normal, il ne s’agit pas de se flageller si l’on flanche (rappelle-toi la bienveillance commence avec toi.). C’est vrai, on ne contrôle pas toujours ses pensées, mais on peut les repérer quand elles surviennent. Et si on cherchait à comprendre pourquoi elles sont apparues et les remettre en question. Alors, pourquoi est-elle venue ? Ne peux-tu pas la remplacer par une pensée de bienveillance et positive ?

Je suis certaine que tu le peux ! Et si tu échoues, le fait simplement de t’en rendre compte est déjà extraordinaire ! Réfléchis, quelle est la dernière pensée méchante que tu as eu à l’égard de quelqu’un ? Comment peux-tu la transformer en pensée bienveillante ? 

Ellega

PS : petit spoiler pour la semaine prochaine,

— Franchement, ça lui va pas du tout cette coupe de cheveux !
— Tellement, en plus, t’as vu, elle a les cheveux gras !
— Elle pourrait faire un effort, quand même !

est-ce que ce genre de discours te parle ? Oui ? Non ? En tout cas, moi, je vais t’en parler, Harmonie ! Mais petite exercice, comment pourrait-on changer ce dialogue en discours d’amour et de respect ? Tu as une semaine 😉

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